Août 062016
 

167-AirTour

Jour 2
….
A Croisse-Baulet, je traverse sur Varan, Jerem me communiquant la position des deux échappés, plutôt en difficulté dans l’étroite vallée de Magland. Sur les faces encore tièdes, je reste le plus haut possible, loin au-dessus des brises tempétueuses du fond de vallée, me cachant dans chaque combe pour passer toujours plus au vent sous le massif des Fiz.
Je me retrouve plus loin en soaring, face nord de la Croix de fer, dans un fort flux descendant du col Pelouse. Logiquement ici, le ciel est lavé de ses cumulus, alors qu’une couverture assez dense recouvre les Carroz, signe que le phénomène de vent était local.
Mais pour trouver un déclenchement, je dois me jeter en face sud de l’Arbaron, sous le vent, l’aile danse à nouveau mais je peux passer sur les Carroz, de nouveau protégé du flux de Nord fort.
Je touche au but : débouchant sur l’arête, j’aperçois maintenant la Bourgeoise, TP3, dans la belle vallée de Samoëns. Ben et Martin étant posés, j’ai les plus belles cartes en main.
Alors je lâche les chevaux, laissant la Tête des Saix à tribord et fonçant sur la balise. Je n’ai qu’une obsession: retrouver mes potes au Semnoz et finir à St Hil’ ce soir (TP6, passage obligatoire à pieds). Mais je dois d’abord m’extraire de la vallée de Samoëns et d’une brise bien énervée !
Je choisis un passage par le col du Chatillon pour rejoindre Agy. Mais au milieu de la transition, je bute sur un écran de vent… Tout mais pas ça ! C’est encore à mon débattement d’accélérateur que je dois mon salut, et c’est dans un thermique des plus chimiques que je me fais sortir au col, dans le sillage d’Orchez. Jerem, posté à Cluses, me demande des nouvelles insistantes à la radio, ayant senti le plan compliqué à travers le live tracking. Je n’ai pu le rassurer qu’à la fin de mon rodéo.
Jerem me donne les dernières infos, notamment le re-décollage de Benoît, alors que je fila dans la vallée du Reposoir. Me voilà dans mon jardin ! Au loin, le massif des Bornes fume et je lis déjà les longues lignes de confluence sillonnant les vallées avec ce vent soutenu. J’ai hâte de m’y réfugier, luttant encore dans une petite stabilité de bordure de massif.

Je bascule au col des Annes, à l’attaque de TP4, le sommet du Lachat du Grand Bornand. Et c’est dans un thermique me menant à 2600m que je franchis la balise, filant maintenant à plus de 60 km/h vers TP5. En bas, Jerem ne peut plus tenir la cadence sur des routes trop tordues, alors qu’en l’air je trace maintenant de grandes lignes droites.
Le dantesque thermique de sillage du Lachat de Thônes m’envoie valser à 6m/s alors que j’explose de joie de retrouver les environs de ma belle Annecy. Haut au-dessus du Parmelan, je profite d’un ciel quasi désert dans une masse d’air un peu ventée et tandis que je traverse à toute allure vers le Semnoz, je vois la brise rider le lac. L’écart avec le reste de la course est maintenant exponentiel, les autres luttant toujours face au vent… sauf Benoît, à mes trousses.
Posé au Semnoz, je suis accueilli par Clem, Louis, Yoann et Jerem qui arrive des routes ingrates. Nous mangeons, nous désaltérons, discutons, échafaudons un plan pour ce soir et demain. Plein de toute cette nouvelle énergie, je décolle de nouveau avec Louis et son Enzo 2. Et c’est à 4m/s que nous sortons du Semnoz pour rejoindre le Colombier. Le vent de nord se fait fortement sentir dans les Bauges et je passe un sale moment dans l’étrave de la Pyramide, jambes repliés, calmant les soubresauts de ma brave voile. A la Buffaz je perds Louis qui néglige un thermique sous le vent qui m’envoie en orbite pour une traversée express de la combe de Savoie vers Brame Farine, à 70km/h. Puis tout se complique à nouveau au St Genis où je recule dans des déclenchements inexploitables.
je n’ai d’autre choix que de lancer le glide final en direction de Lumbin…
Lumbin
Posé à l’atterrissage officiel après ces 170 km de vol, je retrouve Jerem. Quelles options qui s’offrent à nous ? Benoît approche lui aussi… J’attaque donc la montée vers Saint Hil’ à pieds avec deux plans en tête : un glide vers l’Est en direction du Pas de la Coche, ou un glide au Sud direction le Moucherotte…
Le comité d’accueil au sommet me fait chaud au coeur, après cette belle journée. Apparemment personne n’a volé dans le Gresivaudan à cause du vent de nord.
J’accepte un petit verre de Chartreuse, je sens l’alcool traverser mon corps, une sacrée idée, merci les blues !
Benoit arrive. Tactiquement je décide de regarder quelle direction il prend. Nous décollons à 20h pour un dernier glide… vers l’Est. A la faveur d’une meilleure ligne, je poserai sur les hauteurs de Brignoud où je retrouve mon super assistant. Jerem a vraiment fait un énorme boulot… et beaucoup de route !
3h du mat’, la douleur à l’adducteur me réveille, j’ai peur pour la suite…

Jour 3
M’élançant à l’ouverture de la course le mardi matin, je sens heureusement l’adducteur se réchauffer, la douleur s’en va. Un peu de goudron en musique jusqu’aux pentes de Belledonne. Jerem me route et m’attend aux carrefours importants, Iphigénie toujours allumé sur mon smartphone pour ne pas manquer un raccourci…
Bientôt j’attaque les 1000m secs en direction des faces Est. Magnifique marche dans les alpages baignés de soleil, au milieu des cours d’eau. La musique m’emporte loin, j’oublie l’effort et débouche face à l’Oisans, sur les majestueuses faces Est de Belledonne. Rencontre avec Antoine Boisselier, à l’affût de notre arrivée pour sa vidéo.

Ben déboule et nous décollons ensemble vers 10h30, dans une masse d’air stable.
La bataille commence, stabilo dans les cathédrales rocheuses pour profiter des moindres mouvements ascendants jusqu’à Bourg d’Oisans, avec un moment peu confortable sur la face Est du Grand Galbert, placé sous un fort vent de Sud-Ouest, puis un soaring mystique sur le plateau du Taillefer, avec tous ses petits lacs scintillants… J’étais hors du temps et au-delà de la matérialité restrictive de la vie terrestre. Mais la réalité se rappela à moi ! Que faire ?
Continuer sur les face Est déchiquetées par le vent ? Ou poser pour redécoller au vent en face Ouest, du côté de l’Alpe du Grand Serre ? Je décide d’aller poser vers les Chalets de Poursollet… Erreur : je suis totalement sous le vent. Les rafales secouent la végétation et bientôt j’entre dans des turbulences d’une force inouïe. Je sens mon esprit basculer en mode survie.
D’instinct je me mets en 360 engagé pour tenter de me rapprocher du sol. Une turbulence me fait sortir de ma spirale, avec un shoot gargantuesque derrière. Je temporise et reprends ma spirale dans cette masse d’air en furie. Puis tant bien que mal je m’aligne au-dessus d’un terrain criblé de pierres et pose sans mal au milieu d’un vent devenu fou.
Je rassure aussitôt l’organisation qui a tout suivi depuis le tracking, puis Jerem pour établir le plan de route au téléphone. Je plie et quitte ce piège sournois.
En marchant, je songe à ce que représente l’engagement physique dans ces courses.
Mais il ne faut pas que j’oublie Benoît, mon adversaire préféré qui a de nouveau décollé des faces Est maintenant allumées… Il va prendre le large ! J’augmente le rythme et
débouche enfin au sommet de l’Alpe du Grand Serre, le coeur battant la chamade. Je prépare vite la voile et me lance à la poursuite de Ben.
En face sud du Taillefer un thermique surpuissant me colle au fond de ma Strike. En radio, Jerem m’informe que Benoît approche de TP7, le Chatel. Je glisse sur les sommets rocailleux du Valbonnais dans un superbe ciel pavé de cumulus. Au Coiro, une rapide montée au plafond à 3300m m’ouvre la transition sur le Chatel, à 15 km, d’où Benoît vient de repartir. C’est la course.
J’arrive au Chatel, sur le magnifique massif de l’Obiou. Mais le temps n’est pas à la contemplation. Faire le tour par le col de Lus est risqué. Je suis donc les traces de Benoît que j’aperçois maintenant sur le Sénépy. Mais je tombe du ciel, forcé de me réfugier dans la combe Sud peu pentue pour survivre… J’y passe de longues, très longues minutes, utilisant toute ma palette technique pour ne pas rejoindre la fournaise de fond de vallée. Dans le silence pesant de la radio, je sens la tension de Jerem, probablement déjà en train d’échafauder un plan en cas de posé. Je m’engouffre tout au fond de la combe, trouvant un appui dans le venturi. Étonnamment, le flux remonte aussi la face Est, j’en profite pour m’y appuyer, cheminant, tous sens en éveil, le long des arbres, dans l’espoir de repasser en Ouest à cette heure déjà avancée. Et ça fonctionne !

Benoît, lui, a quitté les lieux mais le dynamique me happe de nouveau et il y a des cumulus bien plus haut. Je devine qu’ils sont le fruit d’une confluence entre le retour que je viens d’exploiter et la brise descendant de Grenoble. J’entreprends patiemment de percer l’inversion et finis par entrer au coeur de l’ascendance qui m’envoie rejoindre les barbules à 2700m. Et bientôt je survole Ben en train de marcher en vallée ! J’exulte. Et si je pouvais passer la grande barrière géographique des faces Est du Vercors en direction de TP8 ? J’essaye chaque avant-relief dans l’espoir de sortir des basses couches, me jetant sous le vent dans les faces Ouest du Serpaton, puis les suivantes… et les suivantes.
Mais finalement je me pose dans un champ et la fatigue finit de m’effondrer. Je vois déjà la journée de demain trop ventée et mon échec à pieds face à Benoît…

Coup de moins bien avec Jerem qui m’a rejoint… jusqu’au coup de fil de Joël Fabre qui nous rassure sur le lendemain… et nous sort de notre erreur monumentale. Et nous repartons illico en direction du Pas de la Balme, pour tenter de placer un point le plus haut possible avant l’arrêt de la course.
Jerem ouvre la voie à mon corps endolori. Je me concentre pour suivre ses pas et arriver à bout de ce sprint de 1000m de dénivelé. Nous débouchons au col 2 minutes avant la fin de course ! Je me laisse tomber, mes jambes accusant les 3000m de dénivelé positif de la journée.

Inimaginable de redescendre les 1000m pour rejoindre le van et les remonter demain matin avant le début de la course. Je bivouaque donc ici. Bivouaquer c’est bien, bivouaquer équipé c’est mieux ! Nous prenons conscience de notre manque de préparation ! Jerem m’abandonne, la mort dans l’âme.
J’absorbe les quelques graines et 20 cl d’eau que j’ai sur moi. J’enlève mon t-shirt humide et m’enroule dans ma voile, contemplant le coucher de soleil et les bouquetins jouant dans les falaises.

Moment de poésie sous les étoiles… vite transformé en cauchemar ! Car le froid vient me caresser à travers le tissu de ma voile trop légère, j’ai soif et faim et je glisse dans la pente ! Un coup de fil de Gaëtan vient égayer ma soirée : il viendra me rejoindre vers 5h30 du matin. Cela m’aide à tenir… sans fermer l’oeil, à même le sol, frissonnant constamment, sentant le froid terrasser mon adducteur douloureux. Les minutes deviennent des heures.

A 5h du mat’, torse nu sous ma couverture de survie, j’entreprends de marcher autour de mon campement de fortune pour réchauffer mon adducteur quand je vois arriver Gaet, sa bonne humeur, son réchaud, sa doudoune. Le thé, l’assiette de semoules, les gâteaux, la compote. Il me sauve !

Jour 4
Il m’accompagne pour un décollage sous la Tête des Chaudières, pour un plané sous haute tension à l’orée de ce qui devait être la dernière journée, pour en découdre avec Benoit maintenant détaché devant.
Je survole maintenant le plateau du Vercors, sans options de posé. Mais impossible de passer sur le plateau d’Herbouilly, obligé de poser sous la balise et de remonter les 500m de dénivelé au pas de course !
C’est Jerem qui me redonne le moral en m’aiguillant rapidement sur les bons chemins pour regagner Corrençon. Le temps nous est compté. Je cours les 10 km qui me séparent de la petite station en serrant les dents dans les descentes sous l’effet de la douleur.
Quelques minutes de repos à Corrençon, et nous repartons, avec Gaet, vers le Pas de la Balme pour redécoller, alors que Benoît arrive au sommet du Cornafion, plus au sud.
Mais dès le début de la montée, l’énergie me quitte : cette nuit cauchemardesque m’a usé.

Gaëtan réussit à me faire avancer en me donnant un rythme que je peux encore suivre mais je n’en peux plus, mon corps demande grâce.
Nous débouchons enfin au Pas de la Balme, alors que Benoît est déjà en l’air vers le Moucherotte et la victoire. Gaet joue son rôle de rédempteur à merveille, préparant mon matériel pendant que je reprends quelques forces.
Me revoilà en l’air, dans mon élément où beaucoup de choses me sont devenues naturelles. Malgré la fatigue, je suis performant. Poussé par un fort vent de sud, je ne perds pas de temps à enrouler. Au loin, le Gresivaudan baigne dans une inversion massive, qui me redonne espoir en mes chances.
Duel final
Arrivé à la pointe nord du Vercors, j’entame une longue spirale vers le plafond en vue de la traversée de Grenoble. Avec le Sud-Ouest en altitude, le plafond est double et je prends le temps de monter au vent du nuage en escaliers. A 2700m, je ne pense plus qu’à un truc : tracer la route. Jerem m’a informé que Benoît est parti beaucoup plus bas et passe maintenant par le chemin classique du St Eynard, sous l’inversion. L’idée de passer à l’intérieur du massif me devient évidente. Je traverse Grenoble à 70 km/h, laissant mon aile flotter en direction de Chamechaude. Benoît vient de poser sur le plateau et entame 1000 mètres de montée à pieds vers la fin des points temps, à la Dent de Crolles.
Je passe au-dessus de l’Ecoutoux sans m’y arrêter, voyant les arbres furieusement agités sur la proue sud de Chamechaude. J’entre dans une ondulation du vent qui m’emmène vers le sommet, reculant dans les rafales, dans un air incroyablement laminaire. Je le savais, c’était presque fait…
Je me laisse glisser au vent du Bec Charvet, fais quelques tours et lance un dernier glide rageur vers la Dent de Crolles, voyant les herbes et les arbres secoués par le vent. Ben marche au pied de la pente…

Classement final
Les 7 premiers ont atteint le goal
1. Maxime Pinot (Skywalk Poison Xalps),
2. Benoit Outters (Ozone LM5), 3. Nicolas Guihard (Ozone LM6), 4. Henri Montel (Niviuk Peak 3 Xalps), 5. Bertrand Chol (Gin GTO2), 6. Samuel Vurpillot (Nova Triton light), 7. Jordan Revel (Skywalk Poison xalps), 8. Daniel Perger (Ozone LM5), 9. Julien Serre (Skywalk Xalps), 10 Stephane Garin (Gin GTO2).
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 Publié par à 16 h 26 min
Juil 052016
 

Marc Boyer raconte…

Pour cette 3ème édition, la météo nous a servi un cocktail détonnant constitué de vent de Sud Ouest fort, d’une bonne instabilité et de pluie sur la fin. Je souhaite à travers ce récit vous faire part de mon expérience vécue lors de ces deux jours et de l’analyse que j’en ai eu sur le moment… et après réflexion.
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Jour 1. Départ de la moraine de Garin (au-dessus de Luchon) à 9h. Le vent de Sud-Ouest est bien présent en altitude. Les premiers cumulus apparaissent progressivement dans la matinée et nous renseignent sur la vitesse (plus de 40 km/h à 3000m) et la direction du vent sur les hauts reliefs.

Vol 1. Nous décidons de monter à l’homme de pierre pour marquer des points en vol en nous rapprochant du Cap de Pouy (balise bonus) et de Superbagnères. Au déco, 5 km/h de brise de pente. Je sors pour la première fois ma Spice flambant neuve. Nous choisissons une trajectoire rectiligne loin des pentes, pour optimiser notre finesse, planons dans l’air calme et encore frais du fond de la vallée et atterrissons en contre pente au pied du Cap de Pouy. Niveau de vol : 1.

Vol 2. Nous remontons à travers bois vers le Cap de Pouy. Nous arrivons sur cette jolie bosse accueillis par des rafales de vent, espacées de plus de 5 minutes. Le vent météo contourne le Céciré prenant ainsi une direction tantôt Sud-Est, tantôt Sud-Ouest. Jean Klaus décolle et cherche un appui près de la pente mais c’est déjà bien turbulent. Nous décidons de voler du fait de l’espacement des rafales et nous éloignons aussitôt du relief dans l’espoir d’éviter la turbulence et de mieux planer en direction de Hount Estrete. On avance sans être trop contré mais on est sous le vent du Céciré et de la crête de Lesponne. On traverse de grosses descendances et des thermiques assez forts. La turbulence est forte. En arrivant sur le bas de Hount Estrete, au pied de la pente, la turbulence et le vent sont encore plus marqués. Le flux contourne le Céciré et déferle de la crête de Lesponne. Je choisis de poser au début de la pente pour trouver un écoulement plus laminaire. De grosses rafales m’attendent et je me fais même remonter momentanément. A 10m/sol c’est moins turbulent et je finis pas poser en douceur tout en restant vigilant au maximum. Nico quelques minutes plus tard arrive sur la zone et pose dans une petite accalmie. Vol sous le vent et dans les reliefs : niveau 5.

Vol 3. Nous remontons à pied vers Superbagnères. Sur la crête de Lesponne, les rafales dépassent 40 km/h. Les chances de voler depuis Superbangnères sont très faibles. Mais en arrivant au décollage, Jean Klaus décolle et monte en dynamique dans un flux de Sud à plus de 30 km/h. Il part ensuite vent arrière en direction de Cazarilh dans un flux laminaire. Sa finesse est bonne. Il passe la balise bonus de Cazarilh et file dans la vallée d’Oueil. Il est possible de voler à Superbagnères avec des vents de Sud-Ouest dépassant 30 km/h car le flux reste laminaire. C’est la conséquence d’un effet de contournement local qui donne à ces flux de Sud-Ouest, une orientation Sud sur la zone de Superbagnères. Il n’est pas nécessaire de se placer loin de la pente et en milieu de vallée pour trouver ce flux.
Thibaut et Julien attendent une accalmie pour décoller. Les périodes de calme sont courtes, à peine 2 minutes, mais cela leur suffit pour décoller. Ils s’écartent aussitôt du relief pour se mettre à l’abri. Leur ligne de vol est moins porteuse que celle de Jean et ils arrivent à peine au niveau de la balise. Dans la vallée, la brise est montante (10-15 km/h) et leur permet de remonter en thermodynamique au-dessus de la balise sur l’épaule de « la plage ». Au cours de leur transition, on voit nettement le changement de masse d’air et la limite entre les deux masses d’air : celle humide et plus froide du fond de vallée et celle du dessus, plus chaude, régie par le vent de Sud-Ouest. C’est à nous de jouer. Les créneaux se font plus rares et les rafales dépassent les 55 km/h. Nous allons chercher un décollage sur le versant Nord-Ouest (les pentes de la piste Record). Il nous faut descendre 200 mètres pour sortir de la couche de vent, retrouver des conditions calmes et un peu de brise montante. Nous décollons. Aérologie calme, nous transitons vers Cazarilh. Vitesse au Gps 35 km/h, nous volons dans la couche plus froide du fond de vallée et posons au-dessus du village en air calme, avec très peu de brise de pente et sans thermiques (stabilité en basse couche). Niveau de vol : 1.

Vol 4. Nous remontons à pied sur le premier sommet au-dessus de Cazarilh. Rafales de vent de Sud entre 20 et 25 km/h sur notre décollage situé à 1800m. Thilbeau et Julien sont en vol et remontent en thermique le long de la crête qui mène à l’Antenac (balise de contournement). Nous décollons. Le flux de Sud 15 km/h nous pousse dans la bonne direction et nous remontons peu à peu dans des petits thermiques au-dessus de la crête. Nous finissons en vent arrière sur les flancs Ouest de l’Antenac. Niveau de vol : 1 à 2.

Vol 5. Sommet de l’Antenac : 15 km/h de vent orienté Sud. L’advection issue de l’échange plaine-montagne est en place sur les avant-reliefs. La mer de nuages présente sur toute la plaine déborde sur les crêtes de la Barousse. Cette énorme masse d’air humide s’assèche en redescendant sur le versant sous le vent selon le principe de l’adiabatique sec. Jean Klaus décolle un peu plus loin, en même temps que nous. On trouve une confluence générée par le vent de Sud et l’advection. Nous avons l’impression de surfer sur le bord d’attaque de la mer de nuage. La scène est vraiment grandiose mais je sais que nous allons nous faire taper en fin de vol, dans le fond de la vallée. Nous ne pouvons pas atteindre le port de Bales qui est dans le nuage et dans le flux advectif fort. Au bout de la vallée, au-dessus de Bourg d’Oueil, ça monte en dynamique sur les pentes Nord, ça descend fort sur les versants Sud. Je trouve un secteur et un vallon abrité et moins turbulent dans lequel nous descendons. Les 50 derniers mètres ne sont pas trop turbulents et nous posons proprement. Niveau de vol : 4.

Jour 2, vol 6. Sommet du Mont Né à 7 h du matin. Vent de Sud-Ouest 15 à 20 km/h. Vol balistique en direction du lac de Bareilles. Très vite après le décollage nous retrouvons l’air frais du fond de vallée. Posés au-dessus du lac en air calme. Niveau de vol : 1.

Vol 7. Sommet du pic du Lion. Vent de Sud-Ouest 15 km/h. Nous planons en direction du Pouyaoué contrés par le vent. Nous posons sous les flancs du Pouyaoué dans un vent de 10-15 km/h. Niveau de vol : 1.

Vol 8. Sommet du Pouyaoué. Vent de Sud-Ouest 10 km/h. Vol balistique en direction de Balestas aux pieds du Soulit (balise de contournement n° 4). Niveau de vol : 1.

Vol 9. Sommet du Soulit, altitude 2100m. Rafales de vent de Sud-Ouest 20-25 km/h. Il est 11h. Sur les flancs Est des Stratocumulus se forment et restent immobiles. Nous décidons de voler versant Ouest, pour nous rapprocher du Cap de Pales et de la balise bonus. Face au vent, on se fait contrer. Nous atteignons le restaurant d’altitude dans une aérologie très malsaine : nous sommes dans des turbulences d’obstacle et sous le vent de la crête d’Aube. Niveau de vol : 4.
Au même moment, Jean qui nous avait rejoint au Soulit, décolle et vole sur les versants Est du Cap de Pales où il trouve des conditions très calmes dans une zone abritée du vent.

Vol 10. Sommet du Cap de Pales, altitude 2200m. Du vent avec des rafales à 40-45 km/h. Nous descendons pour échapper au vent : 150m plus bas, c’est déjà plus calme mais le vent et les rafales prennent une orientation travers à la pente, nous contraignant à descendre encore plus bas. Entre les rafales qui dépassent les 50 km/h, il y a des moments de calme et aussi des cycles thermiques forts. Jean Klaus décolle. Il est dans le vent et il traverse des thermiques à plus de 3m/s. Il prend 200 mètres de gain tout en avançant vers la vallée du Louron. Des vautours enroulent au-dessus de lui. Les conditions sont turbulentes. Il est très actif sous sa voile pour la conserver ouverte ! Au sol, les cycles thermiques sont devenus plus forts. Quand ils s’arrêtent, le vent refait son apparition avec une composante toujours travers à la pente. Nous descendons encore plus bas. La brise de vallée est installée et monte à 15-20 km/h. Jean atteint le bas des pistes de la station de Val Louron. Il s’apprête à poser quand il trouve un thermique à 50 m/sol. Il insiste et finalement grimpe dans un bon thermique qui monte droit. En fait tout le secteur autour du col d’Azet est abrité. Il trouvera des conditions plus turbulentes aux alentours des 3000 mètres. Nous décollons. On est contrés par un flux de Sud-Ouest à 30 km/h et on traverse des thermiques à 2 m/s. Nous traversons la vallée en direction du col d’Azet, prochaine balise de contournement. Nous trouvons une ligne porteuse durant toute la traversée qui nous emmène au niveau du décollage du « 600 ». Avant d’arriver au col d’Azet, un excellent thermique nous permet de monter à 2200m, sans difficultés. C’est suffisant pour faire la balise du col, traverser la vallée en direction du Pouyaoué (balise bonus) et basculer dans la vallée du Larboust. Nico part un peu bas dans la traversée de la vallée et pose finalement à Mont. De mon côté dans la transition, je flotte, ne perds rien et arrive au niveau des crêtes à 2000m. Sur les pentes Sud-Ouest, les thermiques sont bien présents et je dois m’agacer un petit peu pour descendre et poser dans les pentes sous la crête. J’attends Nico. Au sommet, les conditions sont calmes entre brise thermique et 10-15 km/h de vent. A la moraine de Garin, notre ligne d’arrivée, l’aérologie hésite entre petite brise montante et vent de Sud poussif. Nico remonte en courant au sommet comme un avion en 45 minutes. Quand il arrive, le vent de Sud s’impose à la moraine et se met en place. Nous décollons. Sur la crête et les pentes Ouest, les thermiques sont en place. Nous montons facilement et après 100m de gain, nous partons en direction de l’homme de pierre et de Garin. Le vent nous pousse à 20 km/h. En arrivant sur Cathervielle à 1700 m, le flux s’oriente au Sud  : il descend à présent de la vallée d’Ôo. On fait la balise bonus de l’homme de Pierre. Face au vent en direction de la moraine, on est arrêté et on doit accélérer pour avancer. Nico plus bas se fait bien brasser et ferme à plusieurs reprise. Plus on descend et plus on se fait contrer et bousculer. Nico pose dans le vent de Sud et dans les turbulences. J’écarte l’idée de poser à la moraine et j’avance vers la vallée d’Ôo. Le vent forcit, il est rafaleux et dépasse les 45 km/h. J’ai vraiment du mal à avancer, à atteindre la vallée d’Ôo et une zone posable. Quand j’atteins cette zone et un grand pré aligné dans le sens de la vallée et du vent, je recule à 5 km/h accéléré. La turbulence est moins forte près du sol. Je pose et neutralise ma voile. Niveau de vol : 5.

Analyse
Le côté aléatoire de ces vols par vent de Sud vient du fait que l’on est souvent incapable de prévoir le forcissement du vent et son arrivée dans les fonds de vallée. Tant que le vent ne s’installe pas dans les fonds de vallée, on peut envisager de voler. Avec une convection bien en place, des plafonds élevés, les conditions sont volables. Loin du relief, on arrive à exploiter les thermiques. Il faut se placer loin du sol, garder de bonnes marges et chercher des lignes de vol lors des transitions en utilisant le flux du vent. C’est le retour dans les vallées qui pose problème quand le vent pénètre dans les basses couches car il complique, limite les déplacements et peut générer de fortes turbulences d’obstacles. Il est préférable, si on suspecte du vent dans la vallée, de poser en hauteur et sur des pentes dégagées. Voler dans ces conditions réclame une très bonne analyse et un fort mental car voler par vent du Sud sur le versant Nord des Pyrénées, c’est comme explorer un autre monde. Cependant, il est possible de faire de très beaux vols avec des flux de Sud moins forts (inférieurs à 20 km/h à 3000m) et des conditions moins extrêmes. En fait nous volons régulièrement dans ces conditions. La clé repose avant tout sur une bonne compréhension de l’aérologie et un bon mental.

Classement Pyrénées Air Tour

1. Nicolas Fillon (Advance Iota) et Marc Boyer (Skywalk Spice) 1631pts.
2. Julien Mathis (Gin Sprint Evo) et Thibault Acton (Ozone Delta) 1624pts. 3. Jean Klaus (Nova Triton light) 1566pts. 4. Thierry Hannard et Franck Perret, 1452pts. 5. Luc Deplanche. 6. Serge Darricau et Jean Bailleux. 7. Léonard Siclon et Brendan Troupel. 8. Julien Forichon et Vincent Bany. 9. Hugo Espinasse.

 Publié par à 19 h 48 min