Confinement parapente : témoignages

On est confinés. On pense, on lit, on relit, on écrit…
Voici un premier témoignage d’un lecteur qui résiste à l’ennui.

Vous avez envie de vous exprimer vous aussi sur notre passion du vol libre ? Allez-y ! Envoi sur parapentemag@gmail.com

Merci
Merci pour votre magazine. Top pour le confinement. J’ai ressorti les vieux numéros et je suis tombé sur votre appel à témoignage dans le numéro 183. Alors le voici :

Je vole depuis 4 ans. J’ai appris tout seul sur une dune, juste près de chez moi après avoir vu un beau matin, deux parapentistes en soaring à Sauveterre (Olonne sur Mer) au lever du jour en juillet. Un choc ! Dans la semaine, ma belette m’avait offert une voile et une sellette… Assurément le plus beau cadeau qu’on ne m’ait jamais fait…

J’ai fait un stage initiation au bout d’un an de pratique. Je vole environ 150 heures par an. Je suis passé à temps partiel (85 %) pour travailler moins, consommer encore moins et vivre mieux et ça marche du tonnerre ! Je suis un décroissant en pleine croissance : je restaure un voilier classique en bois depuis 3 ans, je pratique le windsurf et depuis peu le surf, je vole…

Ma pratique est régulière, toute l’année. Je vole en soaring, à quelques kilomètres de chez moi en bord de mer (petites dunes de 5-6 mètres, remblais) et dans les terres également mais plus rarement quand la direction du vent l’impose. Bien que ce soit le marais et pas la montagne, il y a des endroits improbables qui marchent et c’est un excellent apprentissage et une bonne préparation pour les jours où les conditions sont pour la côte (Sud à Ouest). Je me déplace à vélo tout le temps ou presque. Nous sommes quelques-uns à voler ici avec une tolérance bienveillante de la mairie.

J’abandonne pour le moment l’idée de voler en thermique même si j’en rêve, car cela nécessiterait de prendre la voiture ! Je n’ai fait qu’un plein et demi en 2018, c’est mon record !

Je vole le plus souvent en Ozone R11 (22 m2) car la dune est petite, peu pentue par endroit, clôturée en pied presque partout (les tempêtes ont arraché l’essentiel des clôtures cet hiver) : je décolle du pied de dune car nous sommes en zone  »Natura 2000 » et la dune est protégée et c’est tant mieux. Je vole en Gradient freestyle 2  (20 m2) quand il y a plus de vent et en spiruline (18m2) quand il y a encore plus de vent pour un PTV de 68 kg avec sellette Niviuk Roamer pour l’agilité. J’ai appris le gonflage avec une Gradient Aspen2  et voyant que l’on pouvait presque voler sur certaines dunes peu pentues, j’ai voulu essayer des voiles avec plus de finesse, dont une Gin Boomerang GTO.

Je vole pour la beauté du truc. Voler comme les goélands (les parapentistes disent  »mouettes » quand c’est des  goélands presque à chaque fois) sans bruit, sans moteur, sans avoir pris la voiture me fait rêver encore tous les jours.

J’attends avec impatience que les voiles light soient accessibles en occasion pour moi pour en mettre une au fond d’une sacoche de vélo avec une  tente dans une autre sacoche et partir en rando en Bretagne, en Normandie, dans le Cantal et ailleurs, ce que je n’ai encore jamais fait ni à vélo ni autrement. J’ai randonné pas mal à vélo.

Sur les voiles, j’aimerais qu’il y ait toujours des trims car dans ma pratique, c’est vraiment idéal pour s’adapter aux conditions de vent. Cela élargit très nettement la plage de conditions volables avec une même voile. Je trouve galère les suspentes fines qui se généralisent. La vitesse est peu de chose, je n’ai pas d’esprit de compète et je préfère rechercher la beauté des courbes, la justesse des gestes, la douceur, l’aisance naturelle qui pourrait advenir avec beaucoup d’expérience.  Je rêve de voiles avec une très bonne finesse pour les petites dunes peu pentues d’ici mais avec plus de lignes pour la sécurité, et des suspentes gainées… le mouton à 5 pattes qui intéresse personne pour le moment au moins.

Dans le vol libre, je suis particulièrement  gêné par la course aux destinations lointaines, à grand renfort de vols en avions quand ce n’est pas en hélicoptère ! Non, je n’irai pas voler à la Réunion, au Groenland ou au Kamchatka… Je suis également choqué par l’usage abusif du numérique. On voit des parapentistes regarder le vent sur la balise du coin avec leur smartphone quand il suffit de regarder la mer ! Je ne suis évidemment pas contre les prévisions météo.

Merci pour votre magazine : notre activité est particulière et requiert une confrontation régulière entre notre pratique et la théorie. En cela, vous êtes indispensables et merci.

Je rajouterai une dernière chose : je suis extrêmement reconnaissant aux personnes qui développent le matériel qui permet de voler dans les petites conditions où je vole. A l’origine, je n’aurais jamais imaginé pouvoir voler si près de chez moi.

Bruno Grafeille
85800 Saint Gilles Croix de Vie
49 ans, professeur en maths sciences
bruno.grafeille@free.fr