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Groupe de Presse Michel Hommell |
Vols au Pakistan !
Voici le récit complet du texte de Romain Bremont (romain@flyandalucia.com), présenté dans Parapente Mag n°127 page 9…
L’envie de Pakistan nous trottait dans la tête depuis les récits de pionniers comme John Sylvester, Philippe Nodet, Julien Wirst, Brad Sander, des aventuriers du parapente qui ont su défricher cette formidable région du Nord-Pakistan.
Cartes satellites, google earth, récits de vols, vidéos, tout y passe et nous commençons à rêver notre projet de relier l’Himalaya, le Karakoram et l’Hindu Kuch en parapente.
En avril 2009, notre projet qui a pourtant bien avancé semble encore un peu abstrait. Le jour du départ s’approche mais nous sommes encore à fond boulot…
Nous sommes pressés de partir mais aussi un peu soucieux de découvrir un pays dépeint par les medias comme le berceau du terrorisme où les attentats succèdent aux enlèvements… bref un endroit à éviter. En revanche, les zones que nous voulons visiter paraissent calmes et accueillantes (ce qui sera le cas dans tout le Nord du Pakistan).
Le président de l’association de vol libre Pakistanaise, Faisal Shah, nous fait savoir qu’il se trouve dans le Cachemire, à Muzzafarabad, en compagnie de Brad Sander, un américain auteur de grands vols au Pakistan, dont 249 km entre Booni et Karimabad.
Nous passons 2 jours à Muzzafarabad dans l’espoir de voler vers le Karakoram en passant par la vallée de Kaghan et le col de Babusar, 2 tentatives infructueuses qui se soldent par les premiers petits cross effectués dans la région. Le dernier jour nous atterrissons au cœur de la ville sur le terrain de polo, et c’est depuis l’air que nous voyons une foule de gamins accourir des quartiers environnants pour accueillir Rufo qui a atterri le premier.
Nous nous rendons à l’évidence, ce n’est pas par la voie des airs que nous rejoindrons le Karakoram, mais bien par la route mythique de la Karakoram Highway ou KKH.
Un petit voyage en bus qui devait durer une vingtaine d’heures et qui a finalement duré 38 H !!! Avec bosses, trous, éboulements et falaises vertigineuses.
Après une courte nuit, nous montons au déco du Eagle-Nest pour notre premier vol dans la vallée du Hunza, le ciel est déjà un peu couvert et le vent bien présent. Le paysage de hautes montagnes avec ses glaciers suspendus et ses parois vertigineuses est tout simplement incroyable, ici tout est surdimensionné... Nous volons en local avec des (petits) plafs à 4600 m où une espèce de neige glacée vient nous effleurer le visage.
Deux petits vols, et le mauvais temps nous cloue au sol pour une semaine.
Les premiers grands vols
Bientôt 2 semaines que nous sommes arrivés dans la vallée du Hunza et enfin nous goûtons aux conditions locales. Entre le mauvais temps qui durait et les petits soucis de santé, nous n'avions pas encore pu sortir de la vallée.
Voilà chose faite, 5700 m de plafond et un triangle Karimabad-Gilgit (de +ou- 115Km en 6 h) en longeant les pentes glacées du Rakaposhi (7788m).
Nous avons fait une partie du vol en compagnie d'un vautour curieux qui nous suivait partout, intrigué par nos 2 artik2 aux couleurs du Pakistan, nous avons partagé quelques thermiques et transitions ensemble avant de poursuivre notre route chacun de notre côté. Le beau temps semble durer et nous envisageons notre premier vol bivouac, relier Karimabad à Tarashing au pied du Nanga Parbat.
Rufo rentre vers Grenade pour des obligations professionnelles le jour où nous débutons notre vol bivouac. Nous décollons un peu plus haut que d’habitude car les thermiques en basse couche semblent balayés par le vent d’Ouest. Nous voici en quelques tours propulsés à 5800m volant à travers les cristaux de glaces tombés des nuages, étrange sensation de traverser ces précipitations qui n’atteignent jamais le sol.
Le paysage est simplement à couper le souffle, des hautes montagnes à perte de vue, de quoi se sentir tout petit au milieu de cette nature vierge et sauvage.
Demian se rapproche pour quelques photos, nous sommes dans les alentours du col de Daintar essayant de passer au-dessus des montagnes qui nous font face. Nous n’avançons plus qu’à 7 Km/h et un rapide coup d’œil au fond de la vallée nous permet de voir le vent soulever des gros nuages de poussière. Nous décidons de rebrousser chemin et d’atterrir en altitude pour passer la nuit. C’est un sommet herbeux repéré lors du vol qui sera notre étape pour la nuit.
Premier bivouac à 3600m dans de jolis prés avec comme toile de fond le Rakaposhi. Quelle surprise de rencontrer à cette altitude une foule de bergers pour nous accueillir ! Nous avons aussitôt été pris en charge par cette famille qui passe l'été dans les montagnes et ne descend dans la vallée que pour vendre son beurre et son lait. L'invitation à partager un tchai s'est vite transformée en véritable repas accompagné de verres de lait chaud aux saveurs authentiques... Nous nous sommes mis en marche pour notre premier bivouac à la belle étoile après avoir promis de revenir le lendemain pour le petit-déjeuner. On ne pouvait pas rêver mieux, hautes montagnes, nuit étoilée, de quoi cogiter un bon moment à la suite de l'aventure. Nous avons simplement dormi avec notre équipement de vol, recouverts par le parapente pour nous protéger de la rosée. Une nuit seulement interrompue par l'agitation du troupeau de vaches dérangées par la visite d'un loup qui rodait dans les parages. Le matin comme promis, nous sommes descendus prendre notre petit-déjeuner avec les bergers avant de remonter vers un déco que nous avions repéré la veille. Nous avions l'intention de continuer vers le Nanga Parbat, mais nos plans allaient être modifiés par différents évènements. Demian, décolle le premier et trouve l'ascendance en moins de 2 min, en le voyant enrouler ce joli petit thermique, je décolle à mon tour pour ne trouver qu'une énorme descendance jusqu'au fond de la vallée...
Demian a poursuivi son vol mais pas en direction du Nanga parbat où les nuages recouvraient déjà le ciel, il mit le cap sur la vallée de Ghizer et le Shandur Pass pour un vol de 7 h et 150 km. Notre but avait changé, nous nous étions donnés RDV à Booni.
Autour de Booni
Nous voici maintenant réunis à Booni dans la région de Chitral, c’est d’ici que Brad Sander avait décollé pour son vol de 249 Km vers la vallée du Hunza, un vol incroyable d’audace qui n’a pas cessé de nous faire rêver depuis le début de notre projet. L’avantage de Booni, un déco accessible en jeep, ce qui évite les longues marches en altitude et permet de voler un peu plus « frais ».
Nous décollons à 10h30 et nous voilà 15 min plus tard à 5800 m au nuage, plus réveillés que jamais par la puissance des thermiques... Nous mettons le cap à l'Est jusqu’au bout de la grande crête où nos chemins se séparent. Demian vole vers les hautes montagnes et le Tirich Mir, pour ma part je mets le cap sur Mastuj et la vallée de Yakun. Les plafonds augmentent avec les sommets, 5900, 6000... pour finalement atteindre 6300m.
À cette altitude, il fait froid, très froid, et je regrette le passe-montagne laissé dans mon sac. Je suis tellement émerveillé par le panorama que j'en oublie d'ouvrir l'O2, au plafond l'air est calme et je me laisse glisser au-dessus des hauts sommets. Une rue de nuages me balise la route, les thermiques sont tellement abondants et puissants que je me permets le luxe de n'enrouler que les plus gros, passant à travers les "petits" de 3-4m/s.
Quelques kilomètres après le croisement des vallées qui mène au Shandur Pass, je refais le plein avant de retourner vers Booni en passant sous le sommet de Booni zom (6500m).
Je ne sens plus mes doigts de pieds, il fait froid, il est temps pour moi de descendre dans la chaleur de la vallée après un long plané d’une quinzaine de Km vers Booni.
Demian, après son excursion dans les hautes montagnes de l’Hindu Kush, a finalement mis le cap sur Mastuj pour y atterrir après 6 h de vol.
Le réveil est difficile ce matin, à 6h00, encore sous le coup de nos vols respectifs de la veille, nous nous réveillons avec la bonne surprise d’un ciel bleu immaculé, ce qui laisse présager une nouvelle grande journée. Nous décollons à 10h30 et nous nous retrouvons très rapidement au nuage mettant le cap vers l’Ouest en direction de Chitral. Nous enroulons voile dans voile de puissants thermiques qui nous hissent finalement jusqu’à 6000m. Nous enchaînons les transitions dans des paysages alternant glaciers énormes et sommets vertigineux qui nous permettent une jolie petite séance photos. Nous apercevons enfin l’aéroport de Chitral, signe pour nous que nous devons faire demi-tour et mettre le cap sur Booni. Nous traversons la vallée pour revenir sur Booni, le vent nous porte à plus de 60 Km/h, ce qui nous permet d’enchaîner de très longues transitions, et d’oublier (un peu trop) la recherche d’ascendances. Le vol continue vers Mastuj pour finalement revenir se poser à Booni après avoir bouclé un triangle de 133 Km en 6 h30 de vol. Nous retrouvons Brad et les 2 Christian Autrichiens, 5 pilotes étrangers à Booni, une première !
Les jours suivants la météo n’est pas de la partie, petits vols assez turbulents avec nos compagnons de vols, nous décidons alors de mettre le cap vers la vallée de Ghizer dès que possible.Seul Demian réussira à passer sous les chutes de neige et à 200m sol, le col de Chumarkan situé à 5000 m d’altitude pour finalement atterrir dans les alentours de Phander.
Phander et la vallée de Ghizer
Nous voici dans la grande vallée de Ghizer où les petites oasis de verdure du fond de la vallée contrastent avec les couleurs sombres et minérales des hautes montagnes.
Vol de reconnaissance
Le premier jour 700m de dénivelé au programme et déco aux alentours de 11.00. On a tout de suite mis le cap à l'Est en direction de Gilgit en sautant de crêtes en crêtes avec des plafonds à 5600m en début de matinée. Nous avons vite été séparés car après avoir raté une ascendance, trop occupé à prendre des photos, j'ai dû batailler un bon moment pour me refaire alors que mon co-équipier continuait sa route. Dernier contact radio avec Demian avant que sa radio ne cesse de fonctionner, nous sommes aux environs de Gupis. À partir de ce point, plus de nouvelles, je continue le vol en changeant de versant. J’arrive à présent au croisement des vallées de Ghizer et Ischkomen, les plafonds sont maintenant à 6000m ce qui a pour avantage de rendre la recherche d'ascendances moins fréquente et d'avancer à près de 50 Km/h bras hauts.
J'atterris finalement à une vingtaine de Km de Gilgit après un long plané final, pour un vol total de plus ou moins 120 Km. C'est dans un camion chargé de bois que je termine le voyage jusqu'à Gilgit, sans nouvelles de Demian. Je reçois son appel tard dans la soirée, il est de nouveau à Phander après un vol où il a fait demi-tour à une trentaine de Km de Gilgit pour revenir sur ses pas et atterrir à Gupis (160Km), après avoir expérimenté quelques symptômes de l'hypoxie. La vallée de Ghizer est pleine de promesses pour le vol, longues vallées bien orientées, hauts sommets, bref de quoi occuper nos recherches pour les jours à venir.
Après une nuit passée à Gilgit, je prends les transports en commun et retourne retrouver Demian à Phander , 6 heures de route beaucoup plus stressantes que le vol au milieu des hautes montagnes…
2ème vol bivouac
Après mon arrivée tardive depuis Gilgit, nous avalons un rapide repas et nous allons nous coucher car demain nous voulons partir pour notre second vol bivouac. Au petit matin, le ventre rempli de quelques paratas, nous commençons notre marche vers le déco avec très peu de vivres pour notre vol bivouac, le village étant encore endormi, nous n’avons rien pu acheter et nous nous partageons la nourriture prévue en cas d’urgence, 500 g d’amandes, des biscuits et quelques gels énergétiques…
Nous volons vers Gupis et essayons de rentrer dans la vallée de Yasin. Les nuages déjà assez grands et le vent assez fort nous ferme l'entrée de la vallée. Nous atteignons Yasin en luttant contre le vent, les conditions deviennent vraiment turbulentes et peu agréables. Nous décidons de mettre le cap sur Gahkush et de trouver un endroit bien orienté pour y décoller le lendemain matin. C'est un joli pâturage situé aux alentours de 4000m qui éveille notre attention, sommet herbeux et plat, névé pour trouver de l'eau, bref l'endroit idéal. J'arrive un peu juste en finesse ce qui m'oblige à ne pas rater mon coup,le sol se rapproche, un dernier petit virage pour se mettre au mieux face au vent et mes pieds touchent l'herbe. Quelle sensation de se retrouver là si facilement après un si joli vol ! La sensation de voyager au gré de l'air et de décider de là où l'on va se poser pour passer la nuit comme des oiseaux migrateurs. Demian arrive 2 min plus tard, en plein cycle, et se poser est une tout autre affaire. À chaque fois qu'il approche du sol, la brise le soulève et l'empêche de se poser et c'est au terme de nombreux wing over et autres manoeuvres qu'il réussit à toucher terre.
Nous sommes à 4000m et le simple fait de plier nos voiles nous prend un peu plus de temps que d'habitude, il faut dire que nous prenons de nombreuses pauses pour admirer le paysage, encore sous le coup du vol et de la beauté des lieux (peut être aussi la fatigue, la déshydratation et l'hypoxie...). Il nous faut maintenant trouver de l'eau car nos réserves sont sérieusement entamées après la montée matinale au déco. Pas de trace de ruisseau où remplir nos gourdes, nous remontons la pente pour atteindre les névés et essayer de trouver de l'eau…. C'est en mangeant quelques fruits secs et biscuits que nous prenons notre repas, en prenant soin de garder la moitié pour le petit-déjeuner... bref, c'est le ventre assez vide que nous admirons le ciel étoilé auprès du feu de camp. Nous apprendrons quelques jours plus tard que Brad Sander bivouaquait à moins de 10 km de notre position lors de son vol entre Booni et Karimabad. Le lendemain, après une nuit fraîche et un petit-déjeuner frugal, nous décollons vers 11.00, cap vers Ischkomen que nous remontons d'abord vers l'W où nous nous aventurons un peu plus à l'intérieur des montagnes dans l'espoir d'y trouver le passage vers la vallée de Yasin, puis vers l'Est et la vallée de Kurumbar. Je me pose fatigué et affamé à Immit, au croisement des vallées, Demian pousse un peu plus loin à l'intérieur des montagnes avant de se poser peu avant Gachkuch où nous avons décidé de passer la nuit. Bilan, 2 vols (80km et 100Km) forts en émotions, des paysages sauvages et imposants et surtout des souvenirs à jamais gravés dans nos mémoires. Le lendemain, le temps se dégrade et c'est finalement par la route que nous rejoindrons Gilgit, puis Skardu. Brad restera 4 jours avec les bergers que nous avions rencontrés lors du vol aller, attendant le retour de conditions plus clémentes.
Skardu
Après avoir longé le l’Indus serpentant au fond de grands canyons durant des heures, le paysage de fond de vallée étroite s’ouvre pour laisser place à des dunes de sable, signe que nous arrivons à Skardu.
Skardu est la ville de départ des expéditions vers le K2, Gasherbrum et Masherbrum. C’est dans cette région que se trouvent les plus grands glaciers de montagnes du monde qui, à la différence des autres glaciers du monde, ne régressent pas mais grandissent. À peine arrivés, nous voilà déjà repartis vers Shigar, premier village en direction de la vallée qui mène au village de porteurs de Askole. Après avoir trouvé un logement pour la nuit nous allons à la recherche d’un déco permettant un envol matinal. Le lendemain, réveil à 6 h et 3h de marche au programme. Déco et cap sur Askole, mais pas en suivant la vallée, en effet le col de Sokoro 5200m, repéré sur la carte permet un accès direct à Askole. Les conditions sont très turbulentes et l’effet de la brise descendante venant des glaciers perturbe l’organisation de la brise dans la vallée. Bivouac au-dessus de Askole à 4200m dans un paysage glacé des plus impressionnants. Le lendemain, survol du glacier du Biafo et retour par la vallée jusqu'à Shigar. Le temps du retour approche et le mauvais temps ne nous permet pas de voler dans la vallée de Husche et de s’approcher du glacier du baltoro et de ses géants. Un projet futur parmi de nombreux autres dans ce magnifique pays où les rêves les plus fous semblent réalisables pour nous parapentistes.
Une page web d'info sur le parapente au Pakistan avec contacts
et autres infos nécessaires : www.flysierranevada.com